L’éducation à l’épreuve du confinement : peut-on réellement assurer la continuité pédagogique ?

 


 4 avril 2020

Depuis vendredi 13 mars dernier, et ce pour une durée indéterminée à l’heure où nous écrivons (au minimum jusqu’à début mai) tous les établissements scolaires sont fermés, de l’école maternelle aux universités, laissant ainsi 12 millions d’enfants et d’étudiants dans le flou concernant la poursuite de leur année scolaire.

Pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19 sur le territoire, la période de confinement était inévitable et indispensable. Dans cette situation inédite, comment assurer la poursuite de leur parcours scolaire d’apprentissage ?

→ Le bouleversement des méthodes d’enseignement : le rôle accentué des professionnels de l’éducation

Au lendemain de l’annonce du confinement généralisé le mardi 17 mars, l’Education Nationale a mis à disposition des professeurs des protocoles visant à établir le processus de continuité pédagogique. En première ligne, le principe de continuité pédagogique permet le maintien d’un lien entre l’élève et son professeur, pour qu’il puisse poursuivre des activités scolaires et ainsi progresser dans son apprentissage. Le travail demandé doit être adapté, régulier, chaque domaine devra être abordé. Aucune ressource n’est apportée quant aux méthodes à adopter pour les enseignants, si ce n’est des supports numériques comme le CNED.

Conserver le lien avec les élèves prend beaucoup de temps : entre la préparation du travail à donner à la classe qui reste inchangée, il faut répondre aux mails et appels des parents, légitimement inquiets sur les méthodes à adopter. Finalement, si on ajoute à cela les temps de permanence à l’école de garde d’enfants de soignants, le temps de travail des enseignants n’en est pas réduit, au contraire. Les témoignages sont en effet unanimes. Pendant le confinement, le temps de travail des professeurs est estimé à 8h par jour, et tout autant le week end. Il faut ajouter à cette charge la disponibilité par mail, par téléphone, sur des plages horaires pouvant aller au delà de 21h en soirée. Le ministère doit prendre en compte l’ensemble de ces éléments et envisager dès à présent l’aménagement du calcul de leurs salaires.

Le changement de méthode est à la fois contraignant et enrichissant car c’est une relation différente qui se crée avec les élèves et les parents : certains se rendent compte que ce n’est pas facile de “faire classe” à la maison avec leur enfant, d’autres découvrent les capacités d’autonomie de leur progéniture, certains ont du mal à être patients… Cela permet aussi de se rendre compte qu’il faut recentrer les programmes sur les apprentissages fondamentaux, bien loin d’être acquis dans la majeure partie des cas.

→ Le suivi pédagogique et l’accroissement des inégalités sociales

Pour certains parents, la période de confinement équivaut à une découverte des méthodes d’apprentissage et des activités scolaires réalisées par leur enfant.

Certains sont encore dans l’obligation de travailler et n’ont donc pas le temps de gérer cette continuité pédagogique. Le télétravail n’étant permis qu’aux fonctions les plus aisées, ceux qui se retrouvent en contact quotidien avec leurs enfants sont déjà ceux qui avaient l’habitude de les aider. En outre, les parents qui n’avaient pas l’habitude de suivre le parcours de leur enfant sont encore plus déboussolés : comment aider quand on ne sait pas comment aider ?

Le risque de cette période de confinement pédagogique est donc que les inégalités sociales, marqueurs premiers des inégalités scolaires dès le plus jeune âge soient encore les indicateurs d’une “réussite”, ou non, du confinement.

Certains professeurs s’inquiètent de cet accroissement des inégalités entre les familles culturellement privilégiées et celles qui sont loin de l’école, celles qui peuvent profiter d’un jardin et celles qui sont confinés dans un petit appartement, celles où le parent est disponible et celles où les enfants sont plus tout seuls… Comment envisager le retour en classe ?

Les inégalités sont aussi numériques : les supports mis en place pour assurer la continuité pédagogique sont majoritairement des supports numériques. En effet, comment peut-on travailler pleinement quand il n’y a dans le foyer qu’un seul ordinateur ? Comment contrôler le temps d’écran quotidien des enfants ?

C’est pourquoi cette période de confinement ne doit pas être une période de surcharge pédagogique, ni un facteur de stress pour les parents comme pour les enseignants, mais bien l’occasion de découvrir d’autres formes d’apprentissage : lire, jouer, écrire, faire des activités manuelles…

En somme, cela doit nous faire prendre conscience de la place majeure qu’occupe l’école de la République aujourd’hui : essentielle au grandissement de chacun dans notre société, mais surtout essentielle dans la lutte contre toutes formes d’inégalités

→ Et après ? Le retour sur le chemin de l’école

Quelle sera la durée du confinement ? Comment débuter l’année prochaine sereinement, face à des enfants qui auront enchaîné la période de confinement avec les vacances scolaires ?

 Les syndicats de l’Education nationale, tout comme les fédérations de parents d’élèves, s’interrogent légitimement sur la suite à donner à cette période inédite. Le ministère doit apporter des réponses claires et rassurantes à tous les risques que comporte cette période. L’école doit être le lieu du savoir pour tous, par tous. Il est alors nécessaire de s’assurer que chaque enfant reprenne la classe avec les mêmes outils, et que les programmes soient adaptés, en prenant en compte de ce temps long comme une suspension. Il s’agit par là d’assurer la continuité du service public.

 Maïwen Blandin